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C’est l’histoire d’un pauvre mec, juif... (info # 010102/10)
Par Ilan Tsadik

Lundi 01 février [09:22:00 IST]

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© Metula News Agency

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Une maison dans un "shtettel" – un village juif de Pologne, d’Ukraine ou de Russie, ça n’a pas d’importance -, au XVII, XVIII ou XIXème siècle – c’est tout aussi égal, les choses n’évoluaient pas vite dans ces régions et à ces époques -.

 

La scène se passe en yddish sous-titré. Le mari revient d’un voyage d’affaires (il est allé vendre sa biquette sur un marché voisin) et raconte à sa femme un incident qui a émaillé son parcours.

 

Une roue s’est détachée de sa charrette en pleine campagne, mais heureusement, un vieux rabbin kabbaliste passait par là, qui l’a aidé à réparer sa "crevaison". D’ailleurs, pour le remercier, le mari l’a invité à venir boire une bonne soupe chaude à la maison auprès du feu.

 

Rien de spécial à tout cela, si ce n’était que la femme explique à son homme que le rabbin qui lui a porté secours est mort trois ans auparavant du typhus. Elle tente de persuader son compagnon qu’il a été secouru par un "dibbuk", un revenant malfaisant, dans la tradition yddish.

 

Mais voilà déjà que le vieux rabbin frappe à leur porte, répondant ainsi à l’invitation qui lui a été faite.

 

S’ensuit une vive altercation entre l’hôte et la femme, qui l’accuse d’être un spectre, devant le mari gêné. La dispute se termine lorsqu’elle poignarde la créature en plein cœur à l’aide d’un poinçon.

 

Sur le coup, le rabbin ne saigne pas et continue à narguer la femme en riant. Puis il se lève, prétextant qu’il doit partir et quitte la maison d’un pas mal assuré, alors qu’une tache de sang entoure maintenant le point d’impact de l’arme.

 

Mourra, mourra pas ? Les dibbuks ne meurent pas, puisqu’ils sont déjà morts, Germaine ! S’agissait-il véritablement d’un fantôme, ou le vieil homme va-t-il s’écrouler dans la neige quelques pas après avoir quitté l’encadrement de la porte ouverte ?

 

Je viens de vous narrer la première scène du film des frères Joël et Eithan Cohen, Un homme sérieux. Probablement la meilleure de ce long métrage tout juste sorti sur les écrans et qui fait déjà grand bruit chez les critiques.

 

Cette introduction n’a strictement rien à voir avec le reste de la comédie, qui se déroule dans la banlieue de Minneapolis, USA, en... 1967.

 

Les fans des frères Cohen croient y déceler un message inspiré, liant des attaches mystiques avec la suite de l’œuvre. Ilan n’y a vu qu’un amuse-gueule sans rapport avec l’intrigue, destiné justement à faire croire aux non-initiés à l’existence d’une profondeur transcendante dans une réalisation qui ne parvient pas à décoller.

 

L’histoire est celle d’un professeur sans relief, Larry Gopnik (interprété par Michael Stuhlbarg) de physique quantique, chargé de cours dans un établissement universitaire insignifiant lui aussi.

 

Une "intrigue" terriblement juive américaine des années soixante. Qui a l’avantage de nous faire visiter les arcanes d’une communauté israélite de l’époque aux Etats-Unis. Le seul intérêt que je lui ai trouvé.

 

Un Woody Allen mais triste, noir. J’avoue déjà que Woody Allen ne m’a jamais fait rire et que ses films évoquent en moi des raccourcis d’ambiances juives destinés aux goys.

 

Quant à Un homme sérieux, il est sérieux, justement et il n’essaie même pas de faire rire le spectateur. Un film juif sans aucune trace d’humour, cela ne se peut pas. C’est comme un article d’Ilan qui ne serait pas drôle, cela fait partie du monde des impossibilités.

 

De plus, même s’il est à l’évidence destiné aux gentils, il faudra absolument leur distribuer un lexique d’hébreu diasporique à l’entrée, sinon, ils n’y comprendront rien. Ou est-ce précisément l’effet recherché, dans le même souci que dans l’introduction : laisser croire que l’univers juif est impénétrable pour ceux qui ont conservé leur prépuce ?

 

J’ai tenté de rire ; ensuite, je me serais contenté de sourire, mais je n’y ai pas trouvé matière. J’avais, au contraire, envie d’ouvrir une fenêtre dans le cinéma afin de respirer un bon coup, lors de cette projection oppressante et sans espoir.

 

Les inconditionnels des frères Cohen, les mêmes que tout à l’heure, se révolteront et prétendront qu’il s’agit d’humour noir et que je suis par trop israélien pour en saisir la finesse. Ils affirmeront aussi que l’humour se situe dans la démarche des deux réalisateurs de décrire ce monde juif as is, en en montrant tous les travers.

 

L’histoire est plausible, c’est celle du prof de physique, à l’existence rangée comme les notes sur du papier à musique, qui voit sa vie s’effondrer sous les coups du sort à répétition.

 

Je ne vais pas entrer dans les détails, car je n’ai pas encore décidé si j’allais vous conseiller d’aller le voir ou de rester chez vous pour subir un autre chef d’œuvre de téléréalité.

 

L’intrigue est plausible, certes, mais elle se concentre sur des sujets médiocres évoluant dans une communauté privée de tout éclat. Héros médiocres. Rabbins médiocres, égocentriques, incapables d’apporter le moindre réconfort au pauvre Larry qui part en lambeaux. Famille médiocre – il paraît tout de même que le fiston Danny Gopnik (Aaron Wolff) est devenu, avec son frère Abraham-Moïse, dans les années 2000, réalisateur de longs métrages adulés par la critique -. Voisins médiocres. Toubibs et dentistes nuls. Avocats rapaces, et j’arrête là, car il ne sera pas dit que quelqu’un a attrapé la déprime à la lecture d’un papier d’Ilan.

 





Larry Gopnik, même l’antenne de sa TV déconne

 

Joël et Eithan ne sont certainement pas nuls. Certains de leurs films ont reçu les plus hautes distinctions accordées par leurs pairs. Dans le tas : Palme d’Or à Cannes en 1991 pour Barton Fink, et Oscar, en 2007, du meilleur film de l'année, des meilleurs réalisateurs et du meilleur scénario adapté pour No Country for Old Men. Excusez du peu tout de même.

 

Mais ce ne sont pas les attributions de récompenses qui me font courir au cinéma. Le style hyperréaliste, avec réminiscences de Nouvelle vague, moi, non. Naan, comme dit mon rédac-chef ces derniers temps.

 

Je suis sorti de la salle avec l’envie de mettre ma main sur l’épaule de Larry et de le réconforter. "Ca n’est pas parce que ta femme est moche et qu’elle te trompe que tu dois baisser les bras. Pas parce que ton meilleur ami voulait te la piquer, avant de disparaître dans un furieux accident de voiture. Pas parce que ta fille est poufe et qu’elle ne pense qu’à la chirurgie esthétique. Un fils qui connaît à peine la "parasha" (la partie de la Torah qu’il doit lire en public) de sa Bar-mitsva. Ton frangin, une larve, qui respire à tes crochets. Ta direction, qui envisage de te virer de ta chaire. Tout le monde qui n’en veut qu’à ta tune. Un voisin qui doit avoir servi dans la Waffen-SS. T’en fais pas, Larry, mon gars, crois en "Ha-chem" (ils ne donnent pas la traduction, dans le film, alors ne comptez pas sur moi pour trahir les frères Cohen ! Je suis du côté des artistes, moi.), bois beaucoup d’eau, et les choses vont finir par s’arranger".

 

Hum... mais que vois-je à l’horizon, Jésus, Marie, Joseph ? Une tornade effroyable qui s’approche de l’école de ton gamin !

 

Pas le temps, Larry, tu as ton radiologue au bout du fil. Il désire te voir tout de suite, rapport aux examens qu’il t’a fait il y a quinze jours. Oui, il a dit tout de suite, Larry.

 

 

 

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