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Liban : l’erreur de calcul de l’Occident (1ère partie) (info # 011102/10)
Par Michaël Béhé à Beyrouth

Jeudi 11 février [09:05:00 IST]

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© Metula News Agency

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Le 14 février, jour anniversaire de l’assassinat de Rafic Hariri, se déroulera à Beyrouth, sur la place des Martyrs, une manifestation du courant dit du 14 mars.

 

Cette alliance, qui a obtenu la majorité des sièges au parlement lors des dernières élections générales en 2009, entend perpétuer le rassemblement du 14 mars 2005, connu également sous l’appellation La révolution du cèdre.

 

A cette occasion, 1,3 millions de mes compatriotes avaient exigé (et obtenu) le retrait des forces de l’occupant syrien de notre territoire, ainsi que l’ouverture d’une enquête sur l’assassinat de l’ex-1er ministre Rafic Harari, exécuté exactement un mois plus tôt.

 

Les formations politiques qui composent aujourd’hui le "14 mars" sont celles qui s’opposent à la mainmise du Hezbollah chiite, et de ses commanditaires syriens et iraniens sur les prérogatives de l’Etat.

 

Les sunnites du président du Conseil Saad Hariri et la plupart des chrétiens forment l’épine dorsale du 14 mars.

 

Dans les faits, cependant, malgré leur succès électoral - 56,2 % des suffrages exprimés - et l’évidence qu’ils représentent toujours une solide majorité des habitants de ce pays, les anti-syriens sont contraints de "faire preuve d'une résistance pacifique de tous les jours".

 

C’est le terme employé cette semaine par le Dr. Samir Geagea, à l’occasion de la Saint-Maron, la fête du patron de la communauté maronite.

 

Geagea est le chef du Parti des Forces Libanaises. Il a parfaitement démontré, lors de son intervention, le rationnel selon lequel "les armes du Hezbollah ne sont pas une source de force", établissant qu’elles sont, au contraire, un élément "de faiblesse pour le Liban".

 

Le leader des FL a soutenu sa thèse, prophétisant que le Hezbollah participera à la confrontation en vue entre l’Iran et Israël, "sans prendre l'avis de quiconque parmi les Libanais et au détriment de l'indépendance et de la souveraineté du Liban, qui passent très loin derrière dans ses priorités".

 

Or, pour Samir Geagea, une confrontation avec Israël constituerait une calamité pour le Liban : "nous voulons à tout prix éviter la guerre, et, pour cela, la décision de guerre ne doit pas être entre les mains du Hezbollah, mais du gouvernement libanais, dans l'intérêt de tout le monde".

 

Même son de cloche au parti Kataëb, autre membre de la coalition du 14 mars et de la majorité gouvernementale, où l’ancien président de la République, Amine Gemayel, a expliqué hier sur une chaîne télévisée que "la souveraineté veut dire qu'un groupe donné n'a pas le droit de détenir entre ses mains la décision de guerre et de paix, hors du cadre légal".

 

Ce, avant de poser une question rhétorique face aux téléspectateurs : "Sommes-nous tous d'accord là-dessus ? Le Hezbollah ne cache pas son allégeance au wilayet el-fakih [1] et à la révolution khomeyniste. Or celle-ci a sa propre stratégie qui peut être contraire à l'intérêt du Liban".

 

Pour les partis chrétiens non-aounistes, la participation massive des Libanais au rassemblement de dimanche – qui a lieu dans "le danger d’une guerre explosive" (Geagea) – marquera l’attachement du peuple à la souveraineté et à l’indépendance nationale, et soulignera la nécessité selon laquelle la décision de paix ou de guerre doit demeurer le privilège exclusif de l’Etat.

 

Ceci étant, il importe d’expliquer au lecteur que la très nette victoire du 14 mars aux législatives de 2009, la majorité au parlement et dans le gouvernement, la position de 1er ministre qu’occupe Saad Hariri, ne lui accordent aucun privilège pratique en matière de gouvernance.

 

C’est ce qui explique la situation cocasse, dans laquelle un chef de la majorité doit appeler les supporters de son camp à "une résistance pacifique de tous les jours".

 

Car deux événements majeurs ont réduit le 14 mars et "son" gouvernement à un rôle de simple observateur craintif, sans cesse soumis à la menace d’une nouvelle guerre civile.

 

D’abord le mini-coup d’Etat du 7 mai 2008, lors duquel, s’opposant à deux décisions du gouvernement libanais, celle d’ouvrir une enquête sur le réseau de communication parallèle Hezbollah-Iran et celle de limoger Wafic Choukair, le chef de la sécurité de l'aéroport de Beyrouth, le Parti de Dieu envahit les zones sunnites de la capitale et s’attaqua au bastion druze dans la montagne.

 

Depuis cet épisode récent de notre guerre civile, qui a coûté la vie à plus d’une centaine de personnes, la majorité politique fait constamment face aux menaces directes du Hezbollah d’utiliser à nouveau ses armes contres ses contempteurs libanais et néanmoins compatriotes.

 

Ce rapport de force militaire a obligé le 14 mars à des concessions considérables. Notamment le renoncement à réinstaurer la souveraineté de l’Etat dans les espaces de non-droit soumis à la loi des milices chiites et des Pasdaran perses. Et à l’impossibilité d’imposer l’application de la résolution 1701 exigeant le désarmement desdites milices et la cessation de la contrebande d’armes et de munitions à son profit, en provenance de Syrie.

 

L’autre événement qui a amené le 14 mars à prendre conscience de son impuissance fut le rapprochement de l’Arabie Saoudite avec la dictature syrienne : en janvier 2009, le roi d’Arabie saoudite Abdallah bin ’Abd Al-Aziz, décida d’interrompre sa brouille de deux ans avec la dynastie Al Assad.

 

Le monarque espérait ainsi éloigner les Syriens de l’influence iranienne et permettre la mise sur pied d’un gouvernement stable à Beyrouth, tout en connaissant l’infériorité militaire de ses alliés du 14 mars.

 

Le prix de ce retournement d’alliance se paya chèrement par les Libanais, qui durent admettre le retour de leur pays dans le giron damascène.

 

C’est au cours du sommet des 7 et 8 octobre 2009, entre le président syrien Bechar Al-Assad et le roi Abdallah, que ce dernier exprima le souhait que la Syrie reprenne son ancien rôle au Liban.

 

Immédiatement après ce sommet, Al Assad ordonna au Hezbollah et à Aoun de cesser de s’opposer à la création d’un gouvernement au Liban – ce qu’ils avaient fait, systématiquement, quatre mois durant – et même d’y participer.

 

Mais il ne s’agit plus que d’un gouvernement de façade, sans pouvoir effectif.

 





Vue de la frontière israélo-libanaise

D’un côté le drapeau israélien, de l’autre, celui du Hezbollah,

non celui de la République libanaise.

 

Remarquez, pour l’anecdote, côté israélien, l’étendard rouge et blanc

de la division de parachutistes.

C’est elle, avec son 890ème bataillon, qui défend actuellement le front Nord,

face au Hezbollah

 

(Photo Stéphane Juffa © Metula News Agency)

 

Dans cette situation étrange, le président de l’Etat, Michel Suleiman, à l’écoute de Riad et Damas, a tendance à se rapprocher des points de vue du Hezbollah contre ceux de la majorité démocratiquement élue ; ce qui déchaîne le mécontentement des patriotes libanais.

 

Même le président du Conseil, le sunnite Saad Hariri, comprenant le peu de marge de manoeuvre qui lui reste, n’appelle plus, pour la manifestation de dimanche, qu’à exiger la poursuite de la procédure juridique internationale destinée à confondre les assassins de son père.

 

Hariri junior a abandonné les slogans de l’indépendance nationale et de la souveraineté unique du gouvernement libanais. Il a même accusé, au micro de la BBC, Israël de pousser à la guerre, et annoncé "qu'en cas d'attaque israélienne son pays sera au côté du Hezbollah".

 

Ce faisant, il a bien sûr déclenché la colère du ministre israélien des Affaires Etrangères, Avigdor Lieberman, qui a très fermement réagi à ces propos.

 

Au Liban également, nombreux en sont à considérer que Saad Hariri fait partager à tous les Libanais un risque de guerre qu’ils ne souhaitent nullement et qui ne serait pas la conséquence de sa décision (d’Hariri), mais de celle du wilayet el-fakih.

 

La plupart des observateurs jugent aussi que la Révolution du cèdre est terminée et qu’elle s’est soldée par une défaite et l’abandon du rêve de renaissance de notre pays qu’elle avait suscité.

 

Nul n’est besoin d’être un grand devin pour prévoir que même la requête d’Hariri concernant la poursuite des travaux du tribunal international ne sera pas suivie d’effet. Pourrait-il en être autrement, quand la milice qui le tient en joue, de même que la Syrie qui lui impose sa loi à distance sont précisément les complices coupables de l’assassinat de son père ?

 

Après le lâchage des thèmes de la Révolution du cèdre – souveraineté, liberté, indépendance, désarmement des milices, menée d’une politique uniquement dictée par les intérêts du Liban – par le général Michel Aoun, patriote mythique devenu le meilleur ami de l’occupant syrien, puis par le cheikh druze, Walid Joumblatt, après le coup de mai 2008, le mouvement de 14 mars s’est désintégré de facto.

 

La réunion de dimanche n’aura plus qu’une valeur folklorique, celle de représenter artistiquement un Etat qui, politiquement, a cessé d’être.

 

Au-delà de cette représentation, certains distingueront également la volonté trahie d’un peuple qui désirait vivre. Le témoignage accusateur de la mauvaise conscience du monde libre, qui l’a laissé se faire dévorer par les fauves, tandis qu’il lui avait juré alliance et protection.

 

Car l’Occident a laissé le Liban libéré disparaître sous la tutelle des Irano-syriens.

 

 

 

Note :

 

[1] le wali el-fakih est le guide suprême de la "République" islamique iranienne quel qu’il soit. Khomeiny jadis et maintenant Ali Khameneï. Un texte politique majeur d’allégeance au wali el-fakih a été diffusé par le Hezbollah début décembre dernier à Beyrouth.

 

 

A suivre...

 

 

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