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Liban : l’erreur de calcul de l’Occident (2ème partie et fin) (info # 011202/10)
Par Michaël Béhé à Beyrouth

Vendredi 12 février [15:45:00 IST]

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© Metula News Agency

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Le 27 juillet 2006, en pleine guerre entre le Hezbollah et l’Etat hébreu, le gouvernement libanais décrétait sa volonté que "seul l’État libanais soit autorisé à détenir des armes et à exercer son autorité au Liban".

 

Cette décision fait partie intégrante de la résolution 1701, adoptée par le Conseil de Sécurité de l’ONU le 11 août 2006. Elle apparaît au paragraphe 8 dudit document.

 

Au paragraphe 14, le Conseil de Sécurité "prie la FINUL, comme elle y est autorisée au paragraphe 11, de prêter assistance au Gouvernement libanais sur sa demande".

 

Elle n’en a rien fait.

 

Tout comme elle n’a pas soutenu notre gouvernement, le 7 mai 2008, lorsqu’il donna l’ordre à son armée d’intervenir, en application de la 1701, afin d’imposer sa loi sur son territoire.

 

Le 1er ministre d’alors, Fouad Siniora, se tourna, en cette occasion, également vers les "amis" de notre pays, à commencer par la France, qui n’a de cesse de clamer son attachement à notre liberté.

 

Mais la France et les autres pays libres, alors que 15 000 hommes de la FINUL se trouvaient à moins de cent kilomètres de Beyrouth et qu’ils avaient l’obligation d’intervenir aux côtés des autorités légales du Liban, choisirent de permettre à l’Iran d’imposer, par la force brutale, sa domination de fait sur notre patrie et son peuple.

 

A dater de mai 2008, par la faute de nos "amis", le Liban souverain et indépendant a cessé d’exister.

 

Ca n’est certes pas la première fois que le Conseil de Sécurité manque de respecter une résolution qu’il a lui-même promulguée. En Bosnie et au Rwanda, cela s’est soldé par des massacres industriels.

 

Pas la première fois que les Occidentaux – la France en particulier, qui devient coutumière du fait – détournent le regard lorsque des amis à eux sont jetés en pâture aux fauves.

 

En termes de realpolitik, on peut comprendre que les démocraties n’aient pas eu envie de se lancer au chevet, sabre au clair, d’un peuple de quatre millions d’habitants uniquement ; parce que, peut-être, à l’issue d’un calcul immédiat à court terme, le jeu n’en valait pas la chandelle.

 

Au Liban, nous sommes des victimes accoutumées des conséquences de la realpolitik, et nous avons plusieurs fois payé ses effets au prix maximum. Aussi, me garderai-je soigneusement, dans cette brève analyse, de faire appel à la compassion de mon lecteur.

 

Ainsi, j’entends rester dans une stricte analyse et en écarter les composants émotionnels, après avoir mentionné qu’ils existent.

 

En mai 2008, la FINUL aurait dû intervenir au côté du gouvernement légal libanais. Ca n’était pas seulement son obligation, en respect de la lettre et l’esprit de son mandat. C’était l’opportunité de réaliser l’intention maintes fois exprimée par les membres du Conseil de Sécurité et les "amis" du Liban : rendre ses prérogatives au gouvernement central, démocratique et légitime, l’aider à rétablir son autorité sur toutes les régions du Liban et à désarmer les groupes armés qui l’empêchent de réaliser cet objectif.

 

Dans les quelques lignes du paragraphe précédent se trouvent résumés tous les buts énoncés dans la résolution 1701.

 

L’adéquation entre le texte de la résolution et les décisions de notre gouvernement ayant généré l’agression perpétrée par le Hezbollah est impressionnante : au paragraphe 6, le Conseil de Sécurité appelle spécifiquement à porter assistance au gouvernement afin qui puisse rouvrir les aéroports et les ports sous son autorité.

 

Or le gouvernement venait de décider de déplacer l’officier en charge de notre unique aéroport international parce qu’il œuvrait dans l’intérêt de l’organisation terroriste chiite et des Iraniens, à la place de s’occuper de ceux de son pays.

 

A ce propos, les passagers empruntant ledit aéroport doivent avoir conscience, qu’aujourd’hui plus qu’en 2008, ce sont ces deux entités, avec l’aide pratique des agents syriens, qui contrôlent leurs allées et venues. Les coordonnées de chaque arrivant sont immédiatement transmises aux services de Damas et de Téhéran, leur donnant le loisir de traquer les activités de nos hôtes.

 

Le second objet du décret gouvernemental consistait en un ordre donné aux services de sécurité de l’Etat d’enquêter sur le réseau de communication militaire parallèle, implanté par le Parti de Dieu et les Pasdaran iraniens sur notre territoire.

 

Ce, en vue, non pas d’échapper aux écoutes de l’ennemi providentiel israélien, mais au contrôle du gouvernement légal sur des activités militaires parallèles se déroulant sur son territoire. A ce titre également, cela participait exactement à ce que l’ONU nous demandait de réaliser dans la résolution qui mettait un terme à l’affrontement entre le Hezb et l’Etat hébreu.

 

Il importe de saisir correctement que la non-assistance à l’Etat libanais en cette occurrence n’a pas constitué un manquement accessoire ultérieurement rattrapable. La perte de crédibilité de notre autorité centrale s’est jouée en cette occasion, et, depuis, elle n’a jamais plus été en mesure de la faire valoir.

 

L’armée nationale a attendu de savoir si la communauté des nations la soutiendrait si elle entreprenait la réalisation des instructions que le pouvoir civil lui avait communiquées.

 

Face à la réponse négative de nos "amis", la force armée, jugeant qu’elle n’avait pas les moyens de s’opposer efficacement à la milice et à ses alliés, et que son engagement seule risquait de dégénérer rapidement en guerre civile, décida ne pas intervenir dans les combats.

 

L’armé assista ainsi en observatrice à l’invasion du cœur de Beyrouth par les miliciens chiites ainsi qu’au meurtre de plus de cent compatriotes, qu’elle avait pour mission suprême de protéger.

 

Depuis cet épisode, l’armée est devenue une composante indépendante de l’échiquier libanais. Elle décide de sa conduite en considération de son unique intérêt. Elle ne répond plus aux injonctions du gouvernement élu, qui, quant à lui, a cessé de lui dire ce qu’elle avait à faire.

 

Dans ces conditions, celles du gouvernement d’un Etat situé au Moyen-Orient, défié en permanence par une milice mieux armée que lui, et convoité par deux dictatures parmi les plus sanguinaires de la planète – l’Iran et la Syrie – l’autorité élue se retrouve confinée au rôle qui était celui de Vichy après l’invasion de la zone Sud par les hitlériens.

 

Le Conseil de Sécurité a ainsi œuvré dans le sens opposé des résolutions qu’il avait prises. Il s’était engagé à aider le Liban. L’aider à désarmer les groupes armés qui contestent son autorité et à interdire la contrebande d’armes à leur profit.

 

Faute de l’avoir fait, le Hezbollah, qui comptait dans ses arsenaux 2 000 roquettes à la fin de sa guerre avec Israël, en dispose désormais de 50 000.

 

Avant l’été 2006, l’organisation chiite contrôlait certaines zones de notre territoire, aujourd’hui, après son coup de 2008, c’est chaque centimètre du Liban qui se trouve à sa merci.

 

Mais le constat global que nous sommes bien obligés d’établir – qui s’en chargerait à notre place ? – montre qu’en stoppant la campagne menée par Israël, la communauté internationale a sauvé la peau des tourmenteurs de ce pays et fait le jeu de la politique d’hégémonie de l’Iran et de la Syrie.

 

En redéployant la FINUL sur la frontière avec Israël et en redéfinissant son rôle, passant du statut d’observateur à celui de force de maintien de la paix, l’ONU, et surtout les membres permanents du Conseil de Sécurité, donnent l’impression que la situation est normalisée et que la 1701 est appliquée.

 

En réalité, c’est tout le contraire qui est vrai. L’ONU a fourni à l’Iran la légitimité qui lui manquait pour s’approprier notre territoire, sans jamais réagir aux infractions commises contre son mandat et pratiquement sous son nez.

 

Elle n’a pas amené à la pacification de la région – quatre ans sans conflit majeur n’ayant aucune signification stratégique dans la région - mais, au contraire, à sa militarisation.

 

Comme l’a justement annoncé le général de Tsahal Yossef Peled, empêché ensuite de s’exprimer, pour des raisons de conjoncture politique par Binyamin Netanyahou, une nouvelle guerre, qui sera menée sur le territoire du Liban mais sans l’aval de la population qui l’habite, est désormais inéluctable.

 

Il ne s’agit d’ailleurs pas de menaces israéliennes – les menaces étant ce que l’on peut lire sur les posters du Hezbollah photographiés par Ilan Tsadik, alors que Hezbollah, selon la 1701, ne devrait plus se trouver au Liban-Sud et être désarmé sur l’ensemble de notre territoire.





 

Il s’agit d’une prise de vue montrant les obsèques d’un Israélien,

victime du terrorisme chiite.

 

La légende rouge dit : "Khitman ila zawal",

VOTRE EXTERMINATION EST CERTAINE !

(Photo d’Ilan Tsadik © Metula News Agency)

 

On est en présence d’une constatation évidente, qui crève les yeux aussi bien d’un Samir Geagea que du général Peled, de ce que la communauté des nations a permis à l’Iran d’instrumentaliser le Hezb, de le phagocyter et de l’intégrer dans son dispositif impérialiste et agressif.

 

L’Iran et la Syrie ne surarmant pas la milice afin d’instaurer la paix dans la région !

 

Le titre de cet article est Liban : l’erreur de calcul de l’Occident. En quoi la lâcheté des nations civilisées et le lâchage de mes compatriotes constituent-ils une erreur de calcul ?

 

En cela qu’il va falloir incessamment déloger notre occupant par procuration, pour la raison suffisante, que l’Europe ne saurait tolérer, d’un strict point de vue stratégique, que le Liban passe sous le contrôle absolu de Téhéran.

 

Nous, nous sommes des civils qui courons dans tous les sens sur le pont d’un porte-avions en mission opérationnelle.

 

L’urgence se fait de plus en plus chaude au fur et à mesure que l’Iran conçoit sa bombe atomique et les missiles nécessaires à son transport. Certaines zones de mon pays, échappant déjà à tout droit de regard des Libanais, sont physiquement gérées par des généraux pasdaran établis à demeure.

 

Dans peu de temps, ils y installeront des missiles balistiques intercontinentaux. Des fusées déjà opérationnelles, capables, depuis notre sol, d’atteindre n’importe quelle capitale du vieux continent.

 

C’est la raison pour laquelle les ayatollahs s’intéressent à notre minuscule Etat. Non pour ses richesses naturelles, nous n’en disposons pas. Ils sont en train de faire de notre territoire la tête de pont avancée de leur armée.

 

Pour l’utiliser, à court terme, contre Israël en cas d’embrasement au sujet de leur Bombe, car les Perses n’ont pas la capacité de répondre à une attaque de nos voisins du Sud à partir de chez eux.

 

Puis, simultanément, afin d’approcher leur menace de l’Europe, et de servir ainsi leur ambition expansionniste. Celle, dans un premier temps, de devenir un interlocuteur incontournable dans le dialogue global. A Téhéran, on considère qu’on a droit à un siège de membre permanent au Conseil de Sécurité, et on s’apprête à l’exiger.

 

L’erreur de calcul, demandez-vous ?

 

Si en mai 2008, les nations civilisée avaient envoyé cinq mille soldats servant dans la FINUL afin d’épauler l’armée libanaise dans la reconquête de Beyrouth et de l’Aéroport Rafic Hariri, toutes les conditions prévues dans la 1701 auraient été remplies, et la Révolution du cèdre aurait réussi.

 

En risquant la vie d’une poignée de soldats, le monde se serait épargné la situation inextricable dans laquelle il est aujourd’hui plongé dans mon pays.

 

Et je ne parle même pas, puisque cela n’intéresse pas le monde, de l’économie de la vie de milliers de Libanais, qui vont probablement tomber dans la prochaine guerre, qu’ils ne veulent pas faire.

 

Mais la France s’est souvenue de l’attentat du Drakkar, de 1983, perpétré par l’embryon du Hezbollah, et l’Amérique, de l’Attentat de l’Aéroport, qui, simultanément, faucha 241 Marines, assassinés par les mêmes mains criminelles.

 

Des agressions qui s’inscrivaient dans le même conflit, et qui véhiculait le message suivant : retournez chez vous et souvenez-vous de vos morts.

 

C’est ce qui s’est passé. Les pays se sont souvenus de leurs morts, qui composaient alors, avec des contingents britannique et italien, la Force multinationale de sécurité et qui agissaient également dans le cadre des Nations Unies.

 

Les Etats terroristes avaient prévu, 27 ans à l’avance, les hésitations qui font désormais douter l’Occident face à la menace iranienne. Ils avaient planifié les réactions futures des états-majors, à l’idée de renvoyer des hommes au Liban.

 

Et il faut dire ce qui est : ils ont en cela défait les stratèges occidentaux et toute leur technologie à l’aide de quelques camions piégés et leurs conducteurs analphabètes. Le terrorisme avait emporté la première manche et, en instaurant la conjoncture que nous connaissons, tout un évitant un affrontement direct avec l’Ouest, dans lequel il aurait été subjugué, il a aussi gagné la seconde.

 

Mais ces défaites successives n’ont pas effacé la menace, bien au contraire, elles ont donnés de l’appétit aux hyènes. Les guerres ne s’arrêtent pas lorsqu’on cesse de s’en préoccuper ; c’est le thème que les Etats ouverts vont apprendre à gérer.

 

Car l’Iran est à leur porte et ne partira pas de son plein gré. La confrontation qui s’annonce présente les contours d’un conflit mondial, au cours duquel, lorsqu’on contemplera les bilans, on regrettera amèrement d’avoir empêché – sans en saisir les conséquences – Israël de finir seul le travail en 2006. Et d’avoir traité la résolution 1701 comme une farce.

 

 

 

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